Aux débutants

 

On dit souvent que les raisons pour lesquelles on débute dans une discipline martiale sont différentes de celles pour lesquelles on y reste.

L’étude des arts martiaux génère beaucoup de fantasmes. Dans une société de surconsommation, l’espoir de trouver du « tout en un » persiste. En tant que vieux débutant, je me permet de donner ici quelques conseils à celles et ceux qui cherchent à mettre un pied sur la voie martiale.

Testez sans juger

Si l’on met de coté les synthèses révolutionnaires et les très anciennes écoles secrètes 🙂. Toutes les disciplines martiales sont nées dans un contexte culturel, historique et social souvent très riche. Elles ont évolué en s’attelant à conserver des principes plus ou moins rigides : méthode d’entraînement, valeurs centrales à conserver, mode de transmission etc. De ce fait, débuter dans une discipline c’est un peu comme entrer au Louvre pour la première fois : On ne peut faire un tour 5 minutes dans le hall et ressortir en disant : « C’est pas pour moi, je trouve ça chiant, j’aime pas, ce musée est mal fait ». C’est forcément vaste. Très très vaste.

Souvent, après 20 ans de pratique on continue de découvrir sa propre discipline. D’en comprendre des aspects subtiles. D’ajuster des principes que l’on croyait maitrisés. Comment donc après 2 cours, serait-il possible de conclure quoique ce soit de crédible ?

J’ai pratiqué l’aïkido très intensivement pendant plusieurs années. Avec des enseignements vraiment variés, parfois même contradictoires ! Cela m’amuse toujours lorsque qu’au cours d’un échange, un jeune démarre par : « Oui, je connais bien, j’en ai fait 1 an mais je trouve que c’est trop comme ceci ou pas assez comme cela. » Voire parfois même : « L’aïkido c’est comme ça ». 
J’ai toujours envie de répondre : « Nous n’avons pas fait la même discipline ! »

Si vous êtes attiré par une discipline que vous ne connaissez pas. Ne la jugez pas. Vous ferez forcément erreur ! Il y a bien des choses à observer lors de vos premiers essais mais en aucun cas vous ne « connaîtrez » la discipline. Peut-être que l’enseignant lui-même continue de la découvrir ! Alors vous après quelques heures ?? 🙂 🙂

Et si vous avez déjà de l’expérience. Restez humble dans votre analyse. Il est plus légitime à mon sens de se revendiquer de l’enseignement de quelqu’un que d’une discipline à part entière.

Faites confiance à votre instinct !

En fait, bien avant d’arriver sur le débat technique, sur la « mécanique » de la discipline. Le point le plus important est votre ressenti. L’ambiance du cours, l’atmosphère, les gens avec qui vous pratiquez, l’attitude des anciens, le prof… Vous allez passer au moins 1 an à venir régulièrement transpirer, échanger, souffrir parfois même. Vous devez vous sentir bien. Vous devez avoir envie de revenir chaque semaine. Lorsque l’on débute, il vaut mieux privilégier l’ambiance à la discipline. Car dans le cas inverse, de toute façon vous ne resterez pas, vous ne serez pas assidu.

Posez-vous les bonnes questions.

Est-ce que vous aimez le contact physique ? Les coups ? Est-ce que vous voulez vous mettre la race à chaque entraînement ou après vos 8h de maçonneries vous n’en aurez pas l’énergie ? Vous préférez les cadres bien strictes, rassurants ou plutôt les entraînements plus souples, plus dépouillés, à la cool ? Vous êtes patient ou plutôt du genre à vouloir tout comprendre tout de suite ?

Il est important de s’interroger en amont pour ne pas être déçu et orienter sa recherche. Mais attention, ne vous fantasmez pas non plus. Combien de fois j’entends dire : « je veux un truc efficace rapidement dans une situation d’agression, mais je n’aime pas les coups » , « je veux me conditionner physiquement, mais je n’aime pas souffrir à l’entraînement », « j’ai besoin d’un cadre rigoureux et structuré mais je veux pouvoir venir quand je veux sans qu’on me prenne la tête… ».

L’aventure martiale c’est avant tout la rencontre avec le réel. C’est ce que vous êtes vraiment et pas ce que vous aimeriez être !

Soyez efficace : engagez-vous !

Comme on dit ici « A ‘ment donné » il va falloir faire un choix ! En restant à la surface, vous ne retirerez jamais les bénéfices de la pratique martiale. Je croise souvent des débutants « professionnels » qui ont tout et rien fait : 2 ans d’aïkido, 1 an de boxe française, 6 mois de Krav « mais j’y aller tous les jours hein ! », 2 ans de jujitsu brésilien, un peu de mma etc…etc… . Bref la garantie d’être mauvais après 20 ans de pratique !!

La voie martiale commence par l’engagement. A force de vouloir tout faire, on ne fait rien. Je connais des gens qui veulent faire du silat depuis des années. Régulièrement je reçois des messages sur les horaires, les tarifs, « et c’est quand le prochain stage ? ». Mais je ne les vois jamais. Ou alors pour un cours ou deux. Puis arrive le syndrome du « Oui, mais.. » : « Oui mais pas cette année j’ai pas le temps », « J’ai vraiment envie mais je fais déjà du tennis et du foot », « Je veux mais les cours sont trop tard »…

Un dicton dit « Le maître arrive quand l’élève est prêt ». C’est pareil avec la discipline. Si vous ne la trouvez pas, ce n’est pas forcément parce qu’elle n’existe pas près de chez vous. Il m’est arrivé de faire des kilomètres de transport en commun pour aller pratiquer une heure !! C’est peut-être simplement que vous n’êtes pas mûr pour vous engager. Plus tard peut-être..

D’une manière générale, soyez patient, ouvert et sérieux dans votre recherche . La manière avec laquelle vous abordez votre entrée dans l’univers martiale, c’est déjà le début de la voie !

« L’art martial ne forge pas le caractère, il le révèle »